
Je vais vous avouer l’inavouable.
Un péché qui va m’offrir un aller simple vers les limbes infernaux.
Et en classe affaires.
J’aime les menteurs.
Mais attention, je suis exigeante. On ne me contente pas facilement.
Si on cherche à m’emballer, je veux que l’enrobage claque. A être chocolat autant que le papier brille. Et de mille feux. Le bonimenteur qui ficelle mal son rôti, ne mérite pas que l’on paye l’addition.
Comprenez-vous, je veux du faux jeton qui donne vraiment le change et paye en écus sonnants et trébuchants. Pas un charlatan qui m’embabouine en monnaie de singe.
J’exige du panache voyez-vous, de l’imposture haute-couture. On ne m’embobine pas avec du fil blanc. Si l’on m’endort, je veux du fil d’or. Il me faut du chic et de l’élégance. Si je donne le bon Dieu sans confession, c’est à l’Apollon du pipeau, pas à un gauche Judas.
Les risibles mystificateurs peuvent ranger leur farine, ils ne me rouleront pas. Moi la poudre, il faut qu’elle m’aveugle. Je veux voir la lune en plein midi. Et en avoir plein les mirettes.
Je ne suis pas de celles qui gobent le vent de celui qui ment comme il respire. Certes en fermant la bouche, l’air chaud vous transforme en vessie, et vous élève un temps au-dessus du sol. Mais les vessies, comme les lanternes et les pigeons volent mal…c’est bien connu. Le vol est aussi fugace que le passage d’une étoile filante. Et l’atterrissage toujours douloureux.
Moi je suis une snob de la tromperie, une élitiste du mytho. Les Tartufes, les Arlequins peuvent ranger leurs costumes. Si on me sert une fable, il faut qu’elle soit calligraphiée. Adieu les fourbes maladroits qui s’emmêlent les stylos. Je veux un Goncourt de la craque, pas un troubadour du simulacre.
C’est vrai, je suis une fine bouche du beau parleur. Je ne me fais pas dindonner par une banale popote. Si je mange un poisson, il faut qu’il soit noyé dans une sauce raffinée…
Mais…
Je dois vous avouer l’inavouable.
Je vous ai menti.
Je n’aime pas les menteurs.
Je comprends les cuisiniers qui arrangent un peu la sauce, les poètes qui enjolivent la vie, les marseillais qui grossissent les sardines, les Alhzeimer qui s’oublient. Ceux là ne sont que les condiments d’une vie parfois trop fade, de drôles et tendres charlatans qui vendent de la poudre de Perlimpinpin. Je les respecte parce qu’ils saupoudrent de la poésie.
Mais les autres…les arnaqueurs à la Jarnac, les entourloupeurs malhabiles, les godiches du baratin…
il y a du vexant dans un mensonge grossier, ne trouvez-vous pas?
Alors, que méritent-ils ?
J’ai pensé au bûcher des vanités, mais parait-il qu’il brûle là-même où je suis sensée aller avec mon billet first-class. Je n’aimerais pas les croiser, cela gâcherait mon voyage.
J’ai relu une citation de M. Chapelan, puis je me suis souvenue qu’il faut toujours se battre à armes égales : autant être loyal avec les déloyaux.
Donc, finalement, ils ne méritent qu’un mensonge.
Mais le plus exquis de tous.
Celui qui feint de croire les leurs.


