C'est lundi je n'ai pas envie

Mois

juin 2012

4 billets

image

Je vais vous avouer l’inavouable.

Un péché qui va m’offrir un aller simple vers les limbes infernaux.

Et en classe affaires.

J’aime les menteurs.

Mais attention, je suis exigeante. On ne me contente pas facilement.

Si on cherche à m’emballer, je veux que l’enrobage claque. A être chocolat autant que le papier brille. Et de mille feux. Le bonimenteur qui ficelle mal son rôti, ne mérite pas que l’on paye l’addition.

Comprenez-vous, je veux du faux jeton qui donne vraiment le change et paye en écus sonnants et trébuchants. Pas un charlatan qui m’embabouine en monnaie de singe.

J’exige du panache voyez-vous, de l’imposture haute-couture. On ne m’embobine pas avec du fil blanc. Si l’on m’endort, je veux du fil d’or. Il me faut du chic et de l’élégance. Si je donne le bon Dieu sans confession, c’est à l’Apollon du pipeau, pas à un gauche Judas.

Les risibles mystificateurs peuvent ranger leur farine, ils ne me rouleront pas. Moi la poudre, il faut qu’elle m’aveugle. Je veux voir la lune en plein midi. Et en avoir plein les mirettes.

Je ne suis pas de celles qui gobent le vent de celui qui ment comme il respire. Certes en fermant la bouche, l’air chaud vous transforme en vessie, et vous élève un temps au-dessus du sol. Mais les vessies, comme les lanternes et les pigeons volent mal…c’est bien connu. Le vol est aussi fugace que le passage d’une étoile filante. Et l’atterrissage toujours douloureux.

Moi je suis une snob de la tromperie, une élitiste du mytho. Les Tartufes, les Arlequins peuvent ranger leurs costumes. Si on me sert une fable, il faut qu’elle soit calligraphiée. Adieu les fourbes maladroits qui s’emmêlent les stylos. Je veux un Goncourt de la craque, pas un troubadour du simulacre.

C’est vrai, je suis une fine bouche du beau parleur. Je ne me fais pas dindonner par une banale popote. Si je mange un poisson, il faut qu’il soit noyé dans une sauce raffinée…

Mais…

Je dois vous avouer l’inavouable.

Je vous ai menti.

Je n’aime pas les menteurs.

Je comprends les cuisiniers qui arrangent un peu la sauce, les poètes qui enjolivent la vie, les marseillais qui grossissent les sardines, les Alhzeimer qui s’oublient. Ceux là ne sont que les condiments d’une vie parfois trop fade, de drôles et tendres charlatans qui vendent de la poudre de Perlimpinpin. Je les respecte parce qu’ils saupoudrent de la poésie.

Mais les autres…les arnaqueurs à la Jarnac, les entourloupeurs malhabiles, les godiches du baratin…

il y a du vexant dans un mensonge grossier, ne trouvez-vous pas?

Alors, que méritent-ils ?

J’ai pensé au bûcher des vanités, mais parait-il qu’il brûle là-même où je suis sensée aller avec mon billet first-class. Je n’aimerais pas les croiser, cela gâcherait mon voyage.

J’ai relu une citation de M. Chapelan, puis je me suis souvenue qu’il faut toujours se battre à armes égales : autant être loyal avec les déloyaux.

Donc, finalement, ils ne méritent qu’un mensonge.

Mais le plus exquis de tous.

Celui qui feint de croire les leurs.

Jun 25, 20122 notes
Le temps des cerises

image

L’été arrive sur la pointe des pieds.

Il décoiffe d’une tendre brise les blés juste dorés et dessine des vagues.

 Qui se perdent dans l’horizon troublé par des volutes de chaleur.

Les cigales timides entonnent leur partition lancinante. Les oreilles bourdonnent. Les abeilles grésillent.

Au loin le murmure étouffé d’une tondeuse rythme cet éclectique orchestre.

On a sorti l’escabeau dont on lit l’âge dans les écailles de sa peinture. Les marches sont vicieuses.

Mais l’envie est trop grande de cueillir les cerises.

L’ascension s’improvise, l’installation vacille et trouve un équilibre.

Enfin.

On tire sur les branches lestées de fruits noirs, la salive aux lèvres aide à l’exercice.

La tête coiffée de feuilles, le nez rempli de moucherons cuivrés, la cueillette commence.

En bas les paniers ouvrent leurs bouches gourmandes, et se remplissent sous le « poc ! poc ! » régulier  des cerises qui tombent.

Les enfants courent, les jouent se parent d’incarnat, les robes cramoisissent.

On feuillette déjà le livre de recettes, celui qui sent la vanille, que l’on a renversée l’année passée.

Les casseroles cliquent, les œufs claquent, le four dore déjà le clafoutis.

On se repose un peu à la fraîcheur du tilleul, les épaules empourprées de soleil et les gorges se rafraîchissent de goulées anisées.

Les narines frémissent sous les effluves sucrées du gâteau qui cuit et de la campagne tiède.

Les yeux brillent.

On respire un bonheur suspendu.

Des bouches aux dents bleuies par les fruits laissent échapper des rires.

Le chant des cerises.

Jun 19, 2012
Les anges existent

image

Fâcher les grincheux, bâcher les fâcheux, égratigner les pédants, railler les prétentieux, siffler les hypocrites, houspiller les lâches.

Ca je sais faire. Mon fond de commerce en quelque sorte.

C’est que la liste est longue et  mon inspiration gavée de ceux qui se confinent dans l’étroitesse et barbotent dans le ridicule.

Les fraudeurs, les bécasses, les narcisses débridés, les menteurs, les « je mets ma vie en scène parce qu’elle est plus belle ma vie », les fats, les méchants, les chaussées de Uggs, les hystériques…

Je pourrais dérouler à l’infini. Et cela me fait peur parfois.

Je me dis que je vire acariâtre. Que je suis à deux bigoudis de Tatie Danielle.

Pourtant hier soir, ma misanthropie a pris une petite claque.

Alors j’ai viré quelques bigoudis, et j’ai défrisé mon amertume.

J’ai dépoussiéré ma foi en la bonté humaine, sur laquelle avaient sédimenté les déceptions, les incompréhensions, les trahisons et une bonne dose de bourrage de crâne. Légion sont les exemples que l’on vous sert, où l’on met en lumière l’individualisme ambiant (et j’en fais partie), qui participent à créer ce climat de solitude moderne. On ne peut compter sur personne. Six milliards sur la terre et seul au monde.

Et on finit par le croire.

Hier soir, j’ai vécu un épisode banal de la vie citadine. Je me suis faite arracher mon portable dans la rue.

C’était la première fois, rien de bien grave au fond, sauf que j’ai un beau morceau de ma vie « virtuelle » dans cet idiot boitier. Se faire arracher son téléphone, c’est un peu comme se faire énucléer un œil.

Je me lance à la poursuite de mon voleur, en hurlant comme une poissonnière, galvanisée par l’énergie du désespoir (et de la fierté de tenir la distance, comme quoi toutes les bornes que je galope me servent à quelque chose).

C’est là que j’ai croisé leur chemin. Deux gamines juchées sur un scooter. Deux gamines de banlieues, comme certains idiots se plairaient à dire. « Celles qui font partie de ceux dont on se méfie » qu’ils pourraient rajouter dans un élan de connerie. Elles se sont arrêtées, me voyant, moi bourgeoise coincée, le chignon de travers, courant comme une dératée. Elles auraient pu passer leur chemin.

Elles m’ont demandé ce que j’avais, et ont arrêté leur  course, pour faire demi tour, et partir à la poursuite de mon voleur.

Deux gamines d’à peine dix huit ans, qui m’ont appelée madame, se sont jetées sans réfléchir sur les traces d’un mec potentiellement dangereux (en tous cas potentiellement con), pour un inconnue. Moi.

Elles ont récupéré mon téléphone.

J’ai voulu les remercier, leur payer un verre, leur offrir des fleurs.

Elles n’ont rien voulu savoir.

Je les ai embrassées toutes les deux.

Elles m’ont juste lancé, avec un petit sourire « c’est normal ».

Je  ne les remercierai jamais assez, pas tant pour mon portable, mais pour la leçon et l’espoir qu’elles ont fait renaître.

Les gens bien existent, j’ai voulu l’oublier. Les courageux, les bons, les désintéressés, les purs.

Les anges.

On ne voit que les cons, pour une bonne raison.

Si le diable se cache dans les détails, les anges, eux, ont la délicatesse de passer inaperçus.

Et hier soir j’en ai croisé deux.

Des anges.

Et je voulais leur dire merci.

Jun 11, 20121 note
Rencontre

Le chemin est un peu long.

Seule.

Alors elle a fini par se laisser convaincre.

« Tu verras, d’autres sont dans ton cas, ils cherchent aussi quelqu’un, pour faire un bout de chemin ensemble ».

Elle a tout de même longtemps hésité. Peur d’être déçue. Peur de mal tomber.

Elle qui a si peu de chance.

Elle a fini par écouter les conseils de ses amis inquiets de la savoir seule.

Elle s’est inscrite sur ce site.

Une fois sa décision prise, elle eut peur que personne ne l’appelle. Peur que sa proposition ne plaise pas. Peur de se sentir humiliée.

Alors elle a tout coché. Toutes les cases.

« Accepte les fumeurs, les enfants, les vieux, les jeunes, les gros colis, les petits paquets… ».

Elle a même donné son numéro de mobile.

Pour mettre toutes les chances de son côté.

Puis elle a attendu scrutant le silence de son téléphone.

Longtemps.

Il a fini par sonner, alors qu’elle ne s’y attendait plus.

Elle décrocha, émue et trémulante.

La voix d’une femme sapa un instant son enthousiasme.

« C’est pour mon fils » la rassura-t-elle.

« Il est très doux, un peu jeune et fougueux, mais adorable ».

« Comment s’appelle-t-il ? » demanda-t-elle.

« Helmut. Il s’appelle Helmut ».

Cela lui plaisait, c’était exotique et viril à la fois.

La fougue, la jeunesse, ne l’effrayaient pas.

Et puis elle n’avait pas le choix. C’était sa seule touche.

La rencontre fût vite organisée, sur un parking de centre commercial.

Pas très glamour, mais facile pour se retrouver.

Elle le reconnut immédiatement. A sa toison fournie, et ses yeux d’or.

Sa maman était là aussi.

Avec un blouson rouge.

Avec écrit dessus : « les amis Royal Canin »

Les présentations furent rapides, deux embrassades plus tard, Helmut était sur le siège passager de sa voiture, à la regarder de ses yeux d’ambre.

Majestueux.

Silencieux.

Son souffle la calmait. Elle avait envie parfois de glisser sa main dans ses poils.

Un désir intense.

Mais elle ne pouvait pas, cela serait mal élevé.

Elle appréciait sa présence.

Elle appréciait son silence. Elle n’aimait pas les gens trop bavards.

Entre eux une communion diaphane se tissait doucement.

De temps à autre, il clignait des yeux en poussant un long soupir.

Cela la mettait mal à l’aise. Cela la faisait presque rougir.

Elle fixait donc la route, pour penser à autre chose.

Cette route qui filait plus vite qu’elle ne le pensait.

Elle devrait bientôt le déposer, elle l’avait promis à sa maman.

Même si elle avait envie de le garder, encore un peu.

Même si elle avait encore envie de se regard posé sur elle, elle qui n’en avait plus l’habitude.

C’était une bonne idée finalement, ce site de covoiturage.

Pour ne pas voyager seule.

Jamais elle n’aurait cependant pensé qu’on lui confirait un chat, pour l’accompagner saillir une racée femelle.

Car c’est pour cela qu’Helmut, un British Shorthair, voyageait. Pour assurer la pérennité de sa race.

Elle le laissa enfin à sa promise.

Elle espérait qu’elle le ménage, qu’il ait aussi un peu d’agrément à répandre sa semence.

Qu’il soit heureux son Helmut.

Comme celui qui a fait un beau voyage.

(merci à Laurent G. qui a vraiment vécu cette histoire, qui m’a autorisée à la raconter, et qui m’a faite rire à en pleurer)

image

Jun 6, 20122 notes
Page suivante →
2012 2013
  • janvier 3
  • février
  • mars
  • avril
  • mai 1
  • juin
  • juillet
  • août
  • septembre
  • octobre
  • novembre
  • décembre
2012 2013
  • janvier
  • février 4
  • mars 44
  • avril 6
  • mai 7
  • juin 4
  • juillet 3
  • août 2
  • septembre
  • octobre 6
  • novembre 3
  • décembre 2